mercredi 28 novembre 2012

POINT DE VUE


Wanna : État de choc ? Décrochage moral et Hypocrisie.
        

Permettez-nous d’emprunter, pour placer quelques mots dans le débat de l’heure à propos de faire Wanna marcher, la réflexion des écrivains Georges Livet et Roland Mousnier : « Le présent est chargé d’un passé dont le mieux est de prendre conscience pour contourner les obstacles qu’il présente, utiliser ses éléments favorables qu’il offre et construire l’avenir… ».
 

            Un tube récent titré « Fè Wanna Mache », œuvre de deux jeunes issu d’un des quartiers le plus défavorisé de la Capitale haïtienne et devenu très populaire en un laps de temps, défraie la chronique en attirant les feux de la Presse et, ipso facto, irrite les Organismes des Droits Humains particulièrement ceux qui s’œuvrent dans la défense des Droits de la Femme. Ce qui a, subito, poussénon seulement les autorités étatiques à interdire la diffusion dudit tube mais également les Wanna à faire marcher Wanno en répliquant « Fè Wanno mache ».
 
            C’est un fait (un tube) très épinglé qui mérite la curiosité et surtout la compréhension de tout un chacun indistinctement. En fait, aussi loin que l’on remonterait le cours de l’histoire musicale haïtienne, on retrouve l’empreinte indélébile de Wanna, de tubes fâcheux, désagréables, déplaisants (si vous nous permettez).Autrement dit, des Wanna, il en a toujours été existé et il y en a pour toutes les époques et pour tous les goûts voire même pour toutes les classes. Autant dire, « Fè Wanna mache » n’est pas un tube spontané ni le produit d’un cataclysme voire même de l’apocalypse. Ainsi donc, la société n’a pas, subito, reçu un choc, un coup de massue.En effet, depuis les années 60 jusqu’à nos jours, on a connu pas mal de tubes irritants. Qui aurait osé ne pas connaître « Sosis, de KOUPE KLOUÉ », « Pi gwo, pi long, pi apetisan, de TABOU COMBO », «Nan nannan, d’ALAN CAVÉ », « Sisisi, 100% k2, 200% k2, 500% k2, Ti somone, de SWEET MIKY », « 5 Dwèt, Le pal kokal, Kòkgagè, de ZENGLEN », « Touchèch, de … », « Ti sourit, de … », « Tennis (Pa pile tennis  mwen), de TEAM LOBÈY », « M’ap chat, de SHASSY », pour ne rappeler que ceux-là.   
 
Toujours est-il, les succès inattendus et fort souvent impressionnants de ces tubes outrageux, froissants parfois même arrogants, sont dus au fait qu’ils traduisent certaines réalités sociales ou certains faits sociaux en étant tout au moins le miroir de la vie des foyers, des ghettos, des milieux défavorisés, en générale et, des gens démunis, déshérités, oppressées/ opprimés qui y vivent, en particulier.  
 
En somme, pour être franc, n’est-il pas à se demander – à une époque où toutes les valeurs morales chancellent – où toutes les traditions sont remises en causes – où toutes les certitudes se perdent, si ce n’est pas une réponse claire et simple que les gentlemen apportent à l’avarice des gentlewomen : « FÈ WANNA MACHE » ? Faut-il en déduire que la société est arrivée au paroxysme de sa déchéance/ décrépitude où son tissu se découse comme un vêtement usé qui tombe de part lui-même, où tout espoir se meut en vagues successives, où tous les points de repères se vacillent. Doit-on être hypocrite par rapport à « Fè wanna mache » ? Tout de même, ce n’est pas un choc mais plutôt un décrochage moral/ social de trop auquel nous jouons à l’hypocrisie. Car, cela fait belle lurette que les valeurs morales ne tiennent pas, donc, n’ont plus court. Elles ne se transmettent plus automatiquement de générations en générations, du moins, de parents à enfants comme cela a été par le passé. À telle enseigne qu’on en parvient même à se demander si elles sont seulement transmissibles. Les statistiques sont bel et bien là.
 
Toutefois, un fait est certain, présentement, notre jeunesse est tiraillée entre ses rêves d’autonomie/ d’indépendance ; ses rêves de liberté et son besoin d’autorité. Au fait, l’analphabétisme, la misère, l’acculturation et surtout la mode, pour ne citer que ces faits, ont littéralement envoûté pas mal de jeunes et, décousu le tissu moral et culturel voire même social. Pour ainsi dire, se vêtir, se nourrir, s’éduquer, se loger, se subsister, en sommese tailler une place dans la société est astreint soit à la logique de «Moun pa (Paren’n ak Maren’n) », tel que l’a si bien dénoncé « ZATRAP » dans sa meringue carnavalesque de cette année, soit au troc de leur corps, leur âme, leur conscience, …, de leur être. Ainsi, la prostitution, l’homosexualité est soudainement devenue de véritables fins en soi.
 
Dans cette perspective, notre jeunesse a besoin d’être guidé, accompagné et rassuré. Elle doit en effet trouver une personne (physique ou morale) devant qui s’incliner et qui peut satisfaire ses besoins légitimes.

 
Ce Mardi 27 Novembre 2012.


 Johnson JEAN-PIERRE


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