Wanna :
État de choc ? Décrochage moral et Hypocrisie.
Permettez-nous d’emprunter, pour placer quelques mots dans le
débat de l’heure à propos de faire Wanna marcher, la réflexion des écrivains
Georges Livet et Roland Mousnier : « Le présent est chargé d’un passé
dont le mieux est de prendre conscience pour contourner les obstacles qu’il
présente, utiliser ses éléments favorables qu’il offre et construire
l’avenir… ».
Un tube récent titré « Fè Wanna
Mache », œuvre de deux jeunes issu d’un des quartiers le plus défavorisé
de la Capitale haïtienne et devenu très populaire en un laps de temps, défraie
la chronique en attirant les feux de la Presse et, ipso facto, irrite les
Organismes des Droits Humains particulièrement ceux qui s’œuvrent dans la
défense des Droits de la Femme. Ce qui a, subito, poussénon seulement les
autorités étatiques à interdire la diffusion dudit tube mais également les
Wanna à faire marcher Wanno en répliquant « Fè Wanno mache ».
C’est un fait (un
tube) très épinglé qui mérite la curiosité et surtout la compréhension de tout
un chacun indistinctement. En fait, aussi loin que l’on remonterait le cours de
l’histoire musicale haïtienne, on retrouve l’empreinte indélébile de Wanna, de
tubes fâcheux, désagréables, déplaisants (si vous nous permettez).Autrement dit,
des Wanna, il en a toujours été existé et il y en a pour toutes les époques et
pour tous les goûts voire même pour toutes les classes. Autant dire, « Fè Wanna
mache » n’est pas un tube spontané ni le produit d’un cataclysme voire
même de l’apocalypse. Ainsi donc, la société n’a pas, subito, reçu un choc, un
coup de massue.En effet, depuis les années 60 jusqu’à nos jours, on a connu pas
mal de tubes irritants. Qui aurait osé ne pas connaître « Sosis, de KOUPE
KLOUÉ », « Pi gwo, pi long, pi apetisan, de TABOU COMBO », «Nan
nannan, d’ALAN CAVÉ », « Sisisi, 100% k2, 200% k2, 500% k2, Ti somone, de SWEET MIKY », « 5 Dwèt, Le pal kokal, Kòkgagè,
de ZENGLEN », « Touchèch, de … », « Ti sourit, de … »,
« Tennis (Pa pile tennis mwen), de TEAM
LOBÈY », « M’ap chat, de SHASSY », pour ne rappeler que
ceux-là.
Toujours
est-il, les succès inattendus et fort souvent impressionnants de ces tubes
outrageux, froissants parfois même arrogants, sont dus au fait qu’ils
traduisent certaines réalités sociales ou certains faits sociaux en étant tout
au moins le miroir de la vie des foyers, des ghettos, des milieux défavorisés,
en générale et, des gens démunis, déshérités, oppressées/ opprimés qui y vivent,
en particulier.
En
somme, pour être franc, n’est-il pas à se demander – à une époque où toutes les
valeurs morales chancellent – où toutes les traditions sont remises en causes –
où toutes les certitudes se perdent, si ce n’est pas une réponse claire et
simple que les gentlemen apportent à l’avarice des gentlewomen : « FÈ
WANNA MACHE » ? Faut-il en déduire que la société est arrivée au
paroxysme de sa déchéance/ décrépitude où son tissu se découse comme un
vêtement usé qui tombe de part lui-même, où tout espoir se meut en vagues
successives, où tous les points de repères se vacillent. Doit-on être hypocrite
par rapport à « Fè wanna mache » ? Tout de même, ce n’est pas un choc
mais plutôt un décrochage moral/ social de trop auquel nous jouons à
l’hypocrisie. Car, cela fait belle lurette que les valeurs morales ne tiennent
pas, donc, n’ont plus court. Elles ne se transmettent plus automatiquement de
générations en générations, du moins, de parents à enfants comme cela a été par
le passé. À telle enseigne qu’on en parvient même à se demander si elles sont
seulement transmissibles. Les statistiques sont bel et bien là.
Toutefois,
un fait est certain, présentement, notre jeunesse est tiraillée entre ses rêves
d’autonomie/ d’indépendance ; ses rêves de liberté et son besoin
d’autorité. Au fait, l’analphabétisme, la misère, l’acculturation et surtout la
mode, pour ne citer que ces faits, ont littéralement envoûté pas mal de jeunes
et, décousu le tissu moral et culturel voire même social. Pour ainsi dire, se
vêtir, se nourrir, s’éduquer, se loger, se subsister, en sommese tailler une
place dans la société est astreint soit à la logique de «Moun pa (Paren’n ak
Maren’n) », tel que l’a si bien dénoncé « ZATRAP » dans sa
meringue carnavalesque de cette année, soit au troc de leur corps, leur âme,
leur conscience, …, de leur être. Ainsi, la prostitution, l’homosexualité est
soudainement devenue de véritables fins en soi.
Dans
cette perspective, notre jeunesse a besoin d’être guidé, accompagné et rassuré.
Elle doit en effet trouver une personne (physique ou morale) devant qui
s’incliner et qui peut satisfaire ses besoins légitimes.
Ce
Mardi 27 Novembre 2012.

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